Par la rédaction
De l’exercice de l’autorité à la crise politique : la chute de Jean-Collins Makaka rappelle que le pouvoir est une responsabilité temporaire et non un privilège personnel.
Il est des événements politiques qui dépassent le simple changement à la tête d’une institution. Ils portent en eux des leçons profondes sur la manière dont le pouvoir doit être exercé, sur les rapports entre gouvernants et gouvernés, mais surtout sur les limites de l’autorité publique.
Le lundi 26 octobre 2026, l’Assemblée provinciale a voté en faveur de la mise en accusation du gouverneur Jean-Collins Makaka Pap’Ekaka et du ministre provincial de l’Intérieur, Louis Maboy. Sur les 19 députés présents, 17 ont soutenu cette décision, dans un contexte de fortes tensions politiques et sociales à Lisala. Une procédure qui marque un tournant majeur dans la crise institutionnelle que traverse cette province.
Mais au-delà du sort politique d’un gouverneur, une question fondamentale mérite d’être posée : que reste-t-il d’un pouvoir lorsque le dialogue disparaît, que la confiance s’effrite et que les rapports entre dirigeants et citoyens se détériorent ?
Gouverner ne consiste pas simplement à donner des ordres, imposer des décisions ou exiger l’obéissance. Gouverner, c’est avant tout écouter, dialoguer, comprendre les réalités de la population et mesurer les conséquences de chaque décision.
Lorsqu’un responsable public confond autorité et domination, fermeté et arrogance, pouvoir et propriété personnelle, il risque de perdre progressivement ce qui fonde sa légitimité politique et sociale : l’adhésion de ceux au nom desquels il exerce ses fonctions.
Les événements de Lisala doivent donc interpeller tous les responsables publics. Les tensions populaires, les pertes en vies humaines rapportées et la crise institutionnelle ne peuvent être considérées comme de simples péripéties politiques. Elles rappellent, avec gravité, le prix que peut coûter l’absence de dialogue et de responsabilité dans la gestion des affaires publiques.
À quelques kilomètres politiques de cette réalité, le Sud-Ubangi ne devrait pas rester indifférent à ce qui se passe chez son voisin.
Le président de l’Assemblée provinciale du Sud-Ubangi, Malachie Adugbia, ainsi que l’ensemble des responsables politiques et institutionnels de la province, gagneraient à tirer les enseignements de cette séquence politique.
Ce rappel ne constitue ni une condamnation personnelle ni une annonce sur l’avenir d’une quelconque autorité. Il s’agit plutôt d’un appel à la prudence, à l’humilité et à la responsabilité dans l’exercice des fonctions publiques.
Aucun mandat ne place son titulaire au-dessus des citoyens. Aucun fauteuil ne garantit une immunité politique contre les conséquences d’une mauvaise gestion. Et aucune fonction ne devrait servir à intimider, humilier ou réduire au silence ceux qui expriment des préoccupations légitimes.
Les institutions ne sont pas des propriétés privées. Elles appartiennent à la République et doivent fonctionner dans le respect des lois, des libertés et des intérêts de la population.
L’histoire politique est remplie de dirigeants qui ont cru leur position inébranlable. Pourtant, les fonctions passent, les majorités changent, les alliances se défont et les responsabilités finissent toujours par être soumises à l’appréciation des citoyens et des institutions compétentes.
La véritable grandeur d’un dirigeant ne réside donc pas dans la durée de son règne, mais dans la qualité de son service à la communauté.
La Mongala vient de vivre une séquence politique qui mérite réflexion. Le Sud-Ubangi, comme toutes les provinces de la République démocratique du Congo, devrait en faire un sujet de méditation institutionnelle.
Le pouvoir n’est pas un héritage familial, encore moins un patrimoine personnel. C’est un mandat temporaire, une obligation de servir et une responsabilité devant le peuple.
À ceux qui gouvernent aujourd’hui, une seule recommandation : cultivez l’humilité lorsque vous êtes au sommet, respectez les autres lorsque vous détenez l’autorité et n’oubliez jamais que le fauteuil que vous occupez ne vous appartient pas éternellement.
Car, au bout du compte, les fonctions s’achèvent, les privilèges disparaissent, mais les actes posés dans l’exercice du pouvoir restent dans la mémoire collective.

